Au cœur du peloton de l’Ariégeoise pour vaincre le mythe

Quand on évoque l’Ariégeoise, d’emblée, on touche le mythe. Une des cyclosportives les plus populaires de France. 5 000 participants.  L’Ariège et ses cols. Le plateau de Beilles. Que rajouter ?
Au  cœur du peloton, Angélique Bartalan nous aide à comprendre ce qui rend cette épreuve aussi populaire. Un regard d’une cycliste femme sur une épreuve  pour cyclistes avertis. 242 femmes ont pris le départ de cette course mythique.

L’Ariégeoise, un succès populaire

Tous les ans, depuis 1995, 5 000 cyclistes prennent le départ de l’Ariégeoise, l’épreuve cyclosportive du sud-ouest de la France. Nous nous sommes demandés, quelles étaient les raisons qui rendaient cette course aussi populaire.
Angélique Bartalan a bien voulu le jeu, au  cœur du peloton. Angélique est une cycliste telle qu’on les aime : elle roule à vélo uniquement pour le plaisir que l’effort physique sur un vélo procure. Sans prétention, en toute simplicité, elle s’aligne sur les cyclosportives du sud-ouest.

Elle est toujours surprise de découvrir que la réputation de l’Ariégeoise dépasse le cercle des avertis, des purs cyclos pour toucher ceux qui ne connaissent pas le cyclisme. Une course de référence pour elle. “L’ariégeoise c’est une course dans laquelle vous rencontrez des cyclistes de toute la France mais aussi d’autres pays ( Espagne Angleterre , Allemagne etc.).

Angélique Bartalan est aussi une blogueuse. Retrouvez son article De la Mountagnole 2017… à l’Ariégeoise 2018  sur son blog “toutes en selle”.

 L’Ariégeoise, l’esprit des cyclosportives

Sans vouloir entrer dans le détail, on peut constater que l’Ariégeoise se développe au moment où le mouvement des “cyclosportives” prend son essor en France.
Les cyclistes de loisirs et les amateurs trouvent dans ces épreuves de masse, un terrain leur permettant d’exprimer leur passion. Jusqu’alors, ils étaient tiraillés entre les courses en peloton et les randonnées cyclotouristes. On trouve beaucoup de choses dans les cyclosportives. On roule ensemble, nombreux. Solidarité : les adversaires sont aussi des partenaires. Ils entraînent. Ils permettent d’aller plus loin et plus vite. Les meilleurs peuvent être premiers. Mais chacun peut réaliser une course à la hauteur de ses espérances. Du cyclisme équitable ! Tous, les “finishers” tout au moins, sont classés et situent leur niveau.

Angélique nous explique comment elle a commencé à faire des cyclosportives et l’Ariégeoise :

“Le vélo c’est un régal pour moi , cela me permet de m’évader , de sortir du quotidien tout en participant à mon entretien physique.
Au début je roulais avec mon club et cela me suffisait. Mais moins d’un an après avoir commencé, j’ai souhaité savoir quel était mon niveau. Le seul moyen de le savoir c’était de participer à une course . Comme mon époux participait à l’Ariégeoise depuis quelques années , je me suis naturellement tournée vers cette cyclosportive. Ce fut un excellent moyen de savoir quel était mon niveau et cela a surtout motivé ma pratique cycliste. J’ai trouvé une raison de rouler mieux et plus régulièrement . Cela rythme mon année sportive et me motive au quotidien.”

L’Ariégeoise, une épreuve taillée pour tous les défis

L’ariégeoise est là pour ça. Du lourd ! Voire du très lourd avec L’Ariégeoise XXL.
Il faut dire que nous sommes en plein cœur de l’Ariège. L’Ariège, c’est les Pyrénées. Les noms de ses cols résonnent aux oreilles des cyclistes avertis.  Cette année, sur le parcours de l’Ariégeoise, il y les cols de Marmare, du Pradel, de Montségur, le pas du Souloumbrie et la montée du plateau de Beille.
Entre l’Ariégeoise (156 km et 3163 de D+) et l’Ariégeoise XXL (172 km et 4414 de D+), il n’y a que 16 km de différence. Mais quelle différence ! Ces 16 km sont ceux de l’ascension du plateau de Beilles et les 1200 de D+ qui vont avec.

Angélique nous explique comment elle en est arrivé à s’inscrire sur le parcours le plus long.  

Mon premier parcours ce fut La Passejade . J’étais jeune cycliste et ne me croyais pas capable de faire plus . C’était vraiment sympathique comme course, il y avait des cyclistes de tous les âges, de tous les niveaux. Je pensais partir pour 3 ou 4 heures de route , mais emportée par le flot j’ai fait le parcours en moins de 3 h .

Du coup l’année suivante je me suis inscrite sur la Mountagnole. C’était plus sérieux , et j’ai fini très fatiguée. J’ai compris à partir de là l’intérêt de s’entraîner régulièrement. C’était un parcours avec une distance moyenne mais avec un dénivelé aux alentours de 2500 D+ donc pour faire “sa place” dans le peloton il n’a y a plus de place à l’improvisation.

Apres 4 participations à la Mountagnole je me suis dit qu’il me fallait un nouveau défi : le parcours “Ariégeoise”. C’est un parcours engagé, tant sur la distance que sur le dénivelé.  Ce fut un beau , très beau parcours au niveau des paysages , et un parcours difficile pour les jambes, pour les corps ( 35 °C à 14h dans la montée du Monségur) et difficile pour l’esprit ; “pas question de poser le pied à terre!” me suis-je dit dans tous les cols.”

L’Ariégeoise, une course solidaire

Il y a bien d’autres parcours pour l’Ariégeoise 2018. Mais quel qu’il soit, la difficulté reste identique. Le cyclosportif a besoin de ces défis. On pense à la compétition, à cet esprit qui amène à “vouloir vaincre”. Pourtant, en regardant autour de soi, on se rend compte que, dans ce contexte, ce n’est pas contre les autres qu’on se bat. Le parcours est un adversaire bien plus redoutable que le voisin qui sue et peine autant. C’est pour cette raison que l’Ariégeoise est aussi populaire. Elle permet de s’épanouir, de repousser les limites, de se connaître et de se situer.

Angélique nous raconte dans quel état d’esprit elle aborde cette course.

“Dans les cyclosportives il y a tous types de niveau, et pour moi qui ai commencé le vélo tardivement il est évident que je ne cours pas pour faire un podium . Alors pourquoi continuer à participer aux cyclosportives ? Pour l’ambiance c’est certain! Mais aussi et surtout pour relever un défi. Le mien de défi : faire mieux que la fois d’avant . Lors de ma première participation ma moyenne était aux alentours de 16 km/h et j’étais ravie. J’étais surtout contente de terminer sans poser le pied. A chacune de mes participations suivantes j’ai augmenté ma moyenne de 2 km/h. Du coup c’est extrêmement motivant, je sentais que le travail effectué dans l’année n’était pas peine perdue , et ça c’était très épanouissant et très motivant pour continuer.

Sortir de sa zone de confort pour relever le défi.

Cette année j’ai souhaité sortir de ma zone de confort en participant au parcours “Ariégeoise” afin de repousser mes limites . Evidemment ma moyenne a chuté …mais JE L’AI FAIT , c’était ça le défi de cette année, et c’est vraiment ça qui me fait plaisir. Il y a beaucoup moins de cyclos féminines sur cette course et je fais partie de celles qui l’ont terminée. C’est surtout ça qui compte et qui me motive à continuer.”

L’Ariégeoise et l’arrivée au Plateau de Beilles

L’arrivée au plateau de Beilles n’est prévue que pour les parcours XXL. Les autres parcours stoppent Aux Cabannes, en bas de l’ascension. Le plateau de Beilles a servi 6 fois d’arrivée au Tour de France. La montée est mythique. Pourtant, ils sont nombreux à ne pas vouloir arriver au sommet.

“Beille, je l’ai déjà monté 3 fois, je connais bien ses difficultés et ses 16 km sont mortels s’il ne vous restent pas un peu de jus. Pour mon premier parcours “Ariégeoise” j’ai donc évité l’option XXL car même si c’est un beau défi, je savais qu’après 156 km et 3160 D+ je ne serais pas au mieux pour grimper jusqu’au plateau.

Il est vrai par contre que si j’avais pris le parcours “Mountagnole” de cette année, je n’aurai en aucun cas terminé aux Cabanes; j’aurai relevé le défi de terminer aux bout des ces 16 km mythiques.”

L’Ariégeoise, une course d’hommes pour les femmes

242 femmes sont classées sur les 5 parcours de l’Ariégeoise. Ce qui, en somme, est très peu au regard du nombre de finishers de l’épreuve, 6,1% du total. C’est sur le parcours le plus court qu’on trouve le plus de femmes, 21% des inscrits (91 sur 424). Elles sont 43 à être allées au plateau de Beilles ( 7 sur l’Ariégeoise XXL et 36 sur la Mountagnole XXL).
Sur l’ensemble des parcours, ce sont les femmes de + 59 ans qui sont les plus nombreuses. Elles roulent à 50% sur le petit parcours.
On pourrait dire que l’Ariégeoise est une course d’hommes. Pourtant, il faut bien admettre que les femmes trouvent leur place dans ces pelotons d’hommes. Le cyclisme est une affaire d’hommes mais progressivement les femmes sont présentes.
Ce qui est rassurant c’est que 45 femmes de 18 à 34 ans se sont engagées sur les Mountagnol et XXL. Généralement, c’est un âge où les femmes laissent de côté la pratique sportive.

Quand on demande à Angélique ce qu’il faudrait faire pour qu’il y ait davantage de femmes au départ, elle s’en tire avec un trait d’humour.  “… proposer en fin de course, des massages faits par des joueurs de rugby baraqués…”

Plus sérieusement, ce ne sont pas les cadeaux ou les gestes particuliers qui feront la différence. L’épreuve en elle-même est une satisfaction  : s’y inscrire, y aller, aller jusqu’au bout, rejoindre le plateau de Beilles.

L’Ariégeoise est une course magnifique qui réunit tous les ingrédients qui font une épreuve mythique. Ouverte à tous, ces parcours variés autorisent la présence de cyclistes de tout niveau. Pour accéder au mythe, il faut pourtant un entraînement régulier et approprié.

A propos de Laurent 86 Articles
Sportif dès son plus jeune âge, il a pratiqué de nombreux sports d’endurance (course à pieds, triathlon, duathlon, cyclisme). Il possède une licence STAPS “management du sport” et une maîtrise “entraînement sportif et performance motrice”.

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