10 femmes en jaune au sommet du col du Portet

10 femmes en jaune au sommet du col du Portet, ça a quand même de l’allure.
Le col du Portet est un nouveau géant du Tour de France, au terme de l’étape 17 entre Bagnère de Luchon et Saint-Lary Soulan. Une étape courte, 68 km mais intense avec 3 cols au programme.

Alors que le col du Portet s’ouvrait au peloton du Tour de France, nous avons voulu qu’il devienne, aussi, un lieu naturel de la pratique sportive du vélo par les femmes. C’est ainsi qu’elles se sont élancées, à 7, sur cette étape courte mais intense.

Elle n’ignorait pas quel risque elle courait en essayant de réaliser son rêve ; mais c’était un rêve de femme, et elle s’était dit en sortant de chez elle : « Ce que femme veut, Dieu le veut.

Alfred De Musset, Le Fils du Titien, 1838, dans Œuvres complètes, Alphonse Lemerre, t. 7, 1867, p. 281)

Un Evénement médiatisé

Dans ce texte, on ne revient pas sur la description de cet “évènement”, laissant au reportage réalisé par Sophie Pointaire pour France-TV, le soin d’en restituer, par les images et les commentaires, le sens. Les remerciements ne sont pas de convenance ou de concordance. La journaliste a su comprendre la justesse de cette initiative et lui redonner, par la force des images et la cohérence des commentaires, sa juste place.

La genèse d’un projet

L’aventure est partie de la lecture d’un article du magazine “cyclist”. Le journaliste racontait son expérience sur cet étape n°17 du Tour de France 2018. Une étape atypique, courte, quasiment un sprint, exaltant les aptitudes de grimpeurs et de descendeurs des cyclistes, courue à une intensité d’endurance très élevée, indiquant à la fois des capacités physiologiques étendues et un entraînement bien construit. L’arrivée au col du portet est inédite ; la route était goudronnée pendant le passage des “10 femmes en jaune au sommet du col du portet”.

Se saisir des occasions

“10 femmes en jaune au sommet du col du Portet”. A un moment, elle ne fut plus qu’une seule ! Moment de solitude, envie d’abandonner, sentiment d’abandon. Et puis, il y a ce petit coup de pouce… de la chance. En tout cas, ça y ressemble. Et pourtant…
Dans la mythologie Grec, le dieu Kairos est représenté  par un jeune homme qui ne porte qu’une touffe de cheveux sur la tête. Quand il passe à proximité, on peut ne pas le voir, on peut, aussi, le regarder passer et ne rien faire. Mais encore, au moment où il passe, on tend la main et on “saisit l’occasion aux cheveux”. Kairos a donné en latin opportunitas ce qui signifie opportunité.

Construire une histoire

C’est un peu l’histoire du cyclisme féminin. Depuis 40 ans et plus, le cyclisme ne concerne qu’une part infime de femmes, enfermant la discipline dans une histoire de genre, bien masculin. Il n’y a aucune raison, a-priori, que les femmes ne le pratiquent pas mais les effectifs restent désespérément bas.
Kairos n’est pas seulement ce dieu Grec à qui il faut s’agripper. Kairos, c’est aussi une notion philosophique qui qualifie un moment, “l’instant T”, celui qui soudain crée de la profondeur dans l’instant. Savoir se saisir de l’occasion, ouvrir une porte sur quelque chose d’autre de nouveau, dévier de l’ordre établi.

Il ne faut pas se méprendre, l’initiative reste modeste. Même si elle crée un nouvel espace, ce n’est que 10 cyclistes au sommet du col du portet, comme tant d’autres. Et pourtant, par la force de l’événement, cette initiative devient une source d’inspiration. Tout au moins c’est ainsi que certains la qualifie.

La force du réseau

Cette idée n’aurait pu rester qu’à l’état embryonnaire si la force du partage sur les réseaux sociaux n’avait pas jouée favorablement. Aujourd’hui, passionnées, pratiquantes et spectatrices du cyclisme se réunissent dans des groupes thématiques.
Il est possible de constituer un réseau et, ainsi, de créer des liens fonctionnels. Une manière de partager une passion. Mais rien n’est facile pour rouler entre femmes.

Rouler entre femmes

Elles ne sont pas très nombreuses à pratiquer le cyclisme. La plupart du temps disséminées dans les pelotons masculins. Les niveaux sont hétérogènes, ce qui augmente la difficulté à rouler entre elles.
La question centrale n’est pas celle de construire un groupe de pratiquantes face à celui des hommes. Non ! Pourtant, à l’heure actuelle, les femmes cyclistes peinent à trouver leur place dans les pelotons, notamment les débutantes ou les femmes peu expérimentées. “Rouler entre elles” est à la fois une façon de rassurer les plus hésitantes mais aussi, une manière de porter l’attention sur la pratique féminine.

Donner de la couleur au cyclisme

Dans la démarche, il y a une part de revendication. Se réunir, nous l’écrivions plus haut, pour créer de la place pour ouvrir un espace. C’est important de dire que les femmes roulent à vélo et sont capables de faire les plus belles épreuves, notamment des étapes du Tour de France.

A cette occasion le choix de la couleur jaune est porteur d’une triple symbolique.

Le jaune, la couleur du cyclisme féminin.

Nulle couleur n’est plus joyeuse que le jaune, couleur du soleil, de la fête et de la joie, chaleureuse et stimulante. Tout comme le soleil qui diffuse ses rassurants rayons porteurs de vie, le jaune est la couleur de la vie et du mouvement.

Le jaune est, aussi, la couleur de l’ouverture et du contact social. On l’associe à l’amitié et à la fraternité.

Le jaune est la couleur du Tour de France, tout au moins de celui qui le domine, de celui qui a la puissance, l’homme fort. En portant le jaune, “les 10 femmes en jaune au sommet du col du portet” font un contrepied à l’événement. Elles ne sont pas seules, comme le porteur du maillot jaune du Tour de France, mais elles sont réunies au sein d’un collectif, d’un groupe, ensembles pour atteindre leur objectifs. Finalement un mouvement.

Un exploit ?

Il est remarquable d’atteindre le col du Portet situé à 2 215 m d’altitude après 65 km d’effort et deux cols gravis auparavant. Ce n’est pas effort accessible à tous. Pourtant, ce n’est pas un exploit pour un sportif entraîné. Bien souvent, quand on parle de la pratique féminine, on parle de dépassement et de défi. Cette façon de penser est, au fond, dégradante pour les femmes, comme si, faire un sport relevait, pour elles, de l’exploit systématique. Il faut bien comprendre que la performance, puisqu’il s’agit de ça, réside dans la maîtrise de ce qu’on fait.

C’est en s’engageant qu’on fait bouger les lignes. Et vous, quels sont vos exploits futurs ?

A propos de Laurent 86 Articles
Sportif dès son plus jeune âge, il a pratiqué de nombreux sports d’endurance (course à pieds, triathlon, duathlon, cyclisme). Il possède une licence STAPS “management du sport” et une maîtrise “entraînement sportif et performance motrice”.

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