Conseils pour réguler la température corporelle

Hommes et femmes ont-ils le même niveau de tolérance quand il fait chaud ? Dans le cadre de l’activité sportive de longue durée, on peut se demander s’ils ont des réactions différentes lorsqu’il fait chaud. Si tel est le cas, quelles mesures faut-il prendre pour permettre aux individus d’optimiser la régulation de la température corporelle en fonction des conditions climatiques ?
Pour ne rien vous cacher, on peut, d’emblée, vous dire que tous deux résistent autant l’un que l’autre à la chaleur, sans distinction. Pourtant, les mécanismes de régulation sont différents. Pour en savoir plus, lisez la suite de l’article.

La tolérance face à la chaleur : une question de régulation

….75% d’énergie thermique

Avant tout autre chose, et pour situer notre propos, il est utile de rappeler qu’au cours de l’activité physique, l’énergie musculaire est libérée pour 75% sous forme de chaleur.  Le quart restant étant converti en travail.
Pour mesurer l’importance de ce phénomène, il faut savoir que, sans perte de chaleur compensatrice, une activité physique modérée entraîne une augmentation de température de 2° par heure. En  somme, vous partez rouler 2 heures, vous commencez à 37° et vous rentrez avec une température de 41°. Sans parler de la chaleur ambiante qui influence la température corporelle. 

Afin d’éviter toute surchauffe, l’organisme doit évacuer cette chaleur. Il s’agit de diffuser cette chaleur issue de l’activité musculaire vers la périphérie dans le but de la libérer vers l’extérieur

Les mécanismes de thermorégulation

4 mécanismes interviennent dans le maintien d’une température corporelle constante.

  • Dans des conditions ambiantes tempérées, environ 60% de la perte de chaleur est effectuée par la radiation. L’organisme émet de la chaleur sous forme de rayonnement infrarouges vers les objets ou surfaces plus froids l’entourant.
  • 15% de la chaleur perdue est le fait de la convection. Lorsque le corps se déplace, le contact entre la surface cutanée et l’air ambiant provoque un transfert de chaleur entre les deux milieux. La quantité perdue dépend de la différence entre la température de la peau et celle de l’air ambiant.
  • La conduction correspond à un transfert de chaleur par contact sans déplacement.
  • L’énergie thermique est libérée lorsque l’eau se transforme en gaz. C’est le phénomène d’évaporation.

Des mécanismes de régulation différents

Hommes et femmes sont aussi résistants

Les différences inter sexes de tolérance à la chaleur ont fait l’objet de récentes recherches . Les travaux de Kaciuba-Uscilko et Grucza, par exemple, ( Gender differences in thermoregulation, 2001) indiquent très clairement qu’hommes et femmes tolèrent le stress physiologiques et thermiques aussi bien que les hommes.

Cette étude révèle également, mais on s’en serait douté, qu’on tolère mieux la chaleur si le corps est habitué à des efforts physiques longs et intenses et si on est accoutumé à rouler lorsque les températures sont chaudes. Donc à capacité physique et temps d’acclimatation similaires, il n’y aucune différence entre hommes et femmes pour tolérer la chaleur.

Les femmes transpirent moins

Il semblerait,  néanmoins, que les mécanismes permettant de lutter contre la chaleur soient différents entre les femmes et les hommes.

Buono et Sjoholm ont mesuré les différences de production de sueur entre des sujets (20 hommes et 20 femmes) entraînés pratiquants régulièrement une activité physique et des sédentaires. (effect of physical training on peripheral sweat production). L’étude montre qu’à niveau d’acclimatation identique, les femmes produisent moins de sueur pour une charge thermique et d’exercice similaires. De toute évidence, elles commencent à transpirer à des températures centrales et périphériques plus élevées (B. Drinkwater,  Women and Exercise: Physiological Aspects, 1981)

Suer moins c’est se déshydrater moins vite

Lorsque la température ambiante est supérieure à celle du corps, la sudation devient le seul mécanisme permettant d’évacuer la chaleur. Ce mécanisme entraîne une perte d’eau et de chlorure de sodium. Il provoque une déshydratation importante. La plus faible production de sueur chez les femmes pour maintenir l’équilibre thermique représente une protection plus efficace contre la déshydratation.

Mais, il n’en reste pas moins que la dissipation de la chaleur reste une priorité absolue. Comme les mécanismes d’évaporation se déclenchent plus tardivement, on peut penser que les femmes sont capables de supporter  une élévation de température plus importante. Cela signifie également que les autres mécanismes sont davantage sollicités.

Comment gèrent-elles la dissipation de la chaleur ?

Selon Wells (sexual differences in heat stress response, 1977 ), la dissipation de chaleur est assurée par des mécanismes circulatoires plutôt que par l’évaporation.
Essayons de comprendre quels sont ces mécanismes circulatoires.

L’explication est de taille ou plus précisément, elle repose sur l’idée que les femmes sont de plus petite taille. Elles ont,  de fait, un indice de surface d’exposition à l’environnement extérieur plus important que celui des hommes. Prenons les calculatrices pour comprendre.

Cet indice se calcule en rapportant la surface corporelle à l’unité de poids corporel. En prenant comme repère la moyenne des tailles et poids des français, on obtient les résultats suivants

taille moyenne poids moyen surface corporelle indice de surface d’exposition
Femmes

165

63 1,699

0,27

Hommes 177 79 1,971

0,25

Cette plus grande surface exposée à l’environnement extérieur semblerait être une caractéristique favorable à la perte de chaleur par radiation, convection et conduction.

Quelles dispositions prendre ?

Quel peut être l’intérêt de ces informations pour optimiser les conditions de régulation de température pour les femmes lorsque la température ambiante est élevée  ?
Bien entendu, à vélo, il est difficile de définir un modèle fixe tant les variables sont nombreuses.

Étendre les zones de contact peau/air

Les vitesses de déplacement et du vent sont favorables au mécanisme de convection. La zone de contact entre la peau et l’air ambiant permet le transfert de chaleur. Bien entendu, la température corporelle doit être supérieure à celle de l’air ambiant. Le déplacement accélère également l’évaporation de la sueur.
En outre, on sait que la régulation de la température corporelle des femmes dépend prioritairement de la surface d’exposition de la peau à l’air ambiant. La convection est donc à privilégier.

Il est difficile d’étendre la zone de contact peau/air. Les vêtements absorbent la température du corps et la sueur par conduction. Ils ralentissent la dissipation de chaleur en introduisant une première barrière.

Deux moyens

Deux solutions peuvent être envisagées lorsqu’il fait chaud.

  • Il est possible de réduire la  quantité de vêtements : maillot sans manche, cuissard plus court. Il faut éviter la superposition des couches. On peut envisager, par exemple, de supprimer les bretelles qui retiennent la chaleur et la sueur, en plus du maillot.
  • Il faut envisager de porter un vêtement technique aéré. Il forme une couche de protection tout en préservant le contact peau/air ambiant. Ce type de vêtement est important à porter quand on sait que la régulation de la température dépend du degré de surface exposé à l’air.

Penser à s’asperger régulièrement

Par ailleurs, même si la transpiration est moins abondante et se déclenche plus tardivement, il faut rester attentif à l’hydratation. Il est nécessaire de bien évaluer les besoins en eau pour maintenir le volume plasmatique au bon niveau. Cependant, lorsque la température extérieure dépasse celle du corps, la sudation prend le pas sur toutes les autres formes de mécanismes de régulation thermique. Il est possible de forcer artificiellement le phénomène d’évaporation en s’aspergeant d’eau régulièrement ce qui provoque le refroidissement du corps.

Des conseils variés et divers

Pour le reste, les conseils sont valables pour tous quand il fait chaud, voire très chaud.

  • Il faut préférer des vêtements clairs.
  • On est attentif aux zones d’appui qui emmagasinent une chaleur importante : pieds,  fessiers et tête (casque)

Hommes et femmes ont la même capacité d’adaptations aux températures chaudes. Les mécanismes de régulation sont différents.

A propos de Laurent 86 Articles
Sportif dès son plus jeune âge, il a pratiqué de nombreux sports d’endurance (course à pieds, triathlon, duathlon, cyclisme). Il possède une licence STAPS “management du sport” et une maîtrise “entraînement sportif et performance motrice”.

2 Comments

  1. Bravo Laurent, cet article est clair et intéressant, j’ai tout compris et je pense beaucoup d’autres personnes sont maintenant éclairées grâce à toi.
    Continues

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