Inspiration : le récit épique de Laura Winkel au Grand Raid BCVS

Après son aventure sur la “Transmaurienne Vanoise”, Laura Winkel a bien voulu nous livrer le récit de sa participation au Grand Raid BCVS : une course de VTT dans le Valais, en Suisse, partant de la station de montagne du Verbier et arrivant à celle de Grimentz, 125 km plus loin et 5 000 D+. On démarre à 1 500 m d’altitude et on ne quitte plus les hauteurs comme si on était suspendu aux cieux. Paradis ou enfer ? Lisez ce récit épique de Laura pour comprendre quels types d’émotions le vélo peut provoquer.

Le Grand Raid BCVS – La course de tous les doutes

Troisième manche de l’Alpine Cup , 125 km au programme, 5000m de d+. Les « on dit » laissent entendre que ce sera roulant, mais ça reste 125 km de vtt…
L’état d’esprit d’avant course n’était pas le meilleur de la saison.

Premier doute : solidité physique – le corps va t-il tenir un effort aussi long ?
Les courses s’enchaînent à un rythme soutenu, les jambes seront-elles de retour ?

Second doute : solidité mentale – la force mentale saura-t-elle prendre le dessus dans la dernière bosse qui s’annonce indigeste ? Je sais ce dont je suis capable, mais le temps de selle estimé est bien au delà de mon « quota habituel »…

Troisième doute : la lutte contre le temps – vais-je réussir à passer les barrières horaires ? Les calculs sont faits, mais entre la théorie et la pratique, le fossé peut être grand ?

Quatrième doute : la météo – les derniers jours semblent avoir étaient compliqués sur les Valais Suisse… les journées se terminent par des orages. La fin du parcours à près de 3 000 m d’altitude sera-t-elle maintenue pour tout le monde ?

Cinquième doute : la logistique – le parcours démarre d’un point A pour atteinte un point B. Comment faire pour être sûre de retourner à A sans encombre ?

Tellement de questions… qui amènent à cette réflexion à 3 jours du départ : est-ce vraiment raisonnable de se lancer dans cette aventure ?

La course

Et pourtant samedi matin, j’étais bien présente sur la ligne de départ à 6 h 30 avec quelques points de confiance en plus : le ciel est parfaitement dégagé, les jambes répondent bien à l’échauffement, la logistique est rodée (en grande partie grâce à Sarah, merci). Y a plus qu’à. Un seul mot d’ordre : GÉRER

On démarre directe par une montée de 800 m de D+ qui nous emmène en haut du téléphérique Medran. S’en suit un chemin en balcon offrant une vue magnifique sur Verbier. La descente suivante est rapide sur piste de 4 x 4. Un coup d’œil au GPS, 23 km de fait en 1 h 15, effectivement ça s’annonce roulant et ça me rassure. Dans la bosse suivante je fais des calculs. A ce rythme là ça pourrait le faire en 9 h, mais je me méfie beaucoup de mon estimation pour la montée finale…

Première barrière horaire

Première barrière horaire à Veysonnaz km 45, j’ai 1 h 45 d’avance.
La montée suivante passe plutôt bien, je pense à bien manger et boire. Sur le bas il fait très chaud déjà. La descente sur Heremence est sympa, il y a du monde au ravito pour nous encourager. La deuxième barrière est validée avec 1 h 30 d’avance. On est à 57 km et « que » 2 000 m de D+ soit quasi la moitié en km mais pas en D+…

Pour atteindre Mandelon, il faut se farcir 9 km et 1000 m de d+ avec une longue première partie sur macadam. Je suis complètement collée… je n’avance pas. Des douleurs de partout commencent à se faire sentir. Je m’hydrate beaucoup pour éviter les crampes. Là, encore, ça passe niveau timing avec 1 h 10 d’avance. Sur le haut nous empruntons un single très cassant où je laisse pas mal d’énergie et de précieuses minutes. Je puise la force et l’envie de continuer grâce au cadre exceptionnel qui m’entoure. Evolene est en approche. Le moment d’en découdre avec le gros du morceau arrive…

Et  toujours les barrières horaires

Je sais qu’il va falloir serrer les dents. La première partie se fait en plein soleil. C’est insupportable. Le chemin blanc reflète la chaleur et le moteur commence à trop chauffer à mon goût.

Arrivé à Eison, le timing se resserre. Au pied de la dernière bosse, il ne faut rien lâcher. J’ai 1 h 20 pour faire 7 km et prendre 750 m de d+. Sur le papier rien de bien compliqué, la pente est régulière. Sauf que les bosses précédentes ont laissé des traces. Je n’ai plus de force, les jambes sont dures, des tiraillements dans le bas du dos… je n’arrive pas à décrocher les yeux du kilométrage, je vois la distance évoluer de 100 m en 100 m. C’est interminable. Je suis obligée de m’arrêter deux fois pour faire le point et me reprendre. Les minutes défilent et je ne peux rien y faire. Je n’avance pas.. Il y a encore 1,5 km à faire et il me reste 25 min avant la fermeture. C’est largement jouable même pour un randonneur, mais avec cette condition physique, je me permets d’en douter.

Je me ressaisis et rappelle mon esprit qui s’était évadé loin de mes jambes… j’appuie tout ce que je peux sur les pédales. Je me dit que je prendrai le temps de récupérer après la barrière horaire. C’est passé ! Pour 12min mais c’est passé.

Rester lucide : se ravitailler

Je prend le temps de faire un ravito plus conséquent. Je suis à bout. On l’est tous.

Les visages sont marqués. Un bénévoles nous montre du doigt le haut du fameux portage du Pas de Lona. Sur le coup je me dis que c’est une blague… mais non je vois bien des petits points avancer jusqu’à atteindre la crête tout là haut.

Par la même occasion, je me rend aussi compte que je vais me prendre une bonne rincée. Le ciel est très noir, il commence à pleuvoir. Je reprend mon chemin. La pluie s’intensifie, avec quelques passage de grêle.
Cette fois j’y suis, le portage se présente à moi. Environ 1 km pour 400 m de positif. C’est vertical. Je mets le vélo sur le dos. C’est parti pour 1 h comme ça. Le sol, des caillasses et de la terre noire, est super glissant. Il faut poser chaque pied avec assurance.

Deux pas en avant, un pas en arrière

Deux pas en avant, un pas en arrière… (grosse pensée à Franck Fix à ce moment là, il m’avait bien prévenue…). Arrivée à deux tiers du mur, je n’en peux plus. Mais Je ne peux pas arrêter, pas maintenant… les encouragements d’autres concurrents m’aident à continuer. Je rejoins finalement le ravitaillement au sommet. Je suis frigorifiée. Il ne fait plus que 4 degrés. La soupe du ravito fait un bien fou… ils ont pensé à tout ces Suisses !  La descente suivante est devenue une patinoire… il faut être prudente. Le froid tétanise mes doigts. Le freinage progressif on oublie…

Le bonheur de monter pour se réchauffer

Moi qui ne voulait plus de montée, pour le coup je suis contente de voir que ça remonte encore bien avant la dernière descente. C’est le meilleur moyen pour se réchauffer. On fait tourner les jambes et on reste par tous les moyens sur le vélo pour ne pas avoir à pousser.

Au dernier ravito, les bénévoles vont jusqu’à proposer de la raclette !!! À 2900m d’altitude ! Je n’ai jamais vu ça. Mais pour le coup on reste raisonnable, on ne traîne pas et je redescend dans la foulée.

La descente de la libération, un pur moment de plaisir avec 11 km de descente seule au monde. Le décor au lac Moiry et de la Dent Blanche me laisse sans mots. La descente longe un petit ruisseau qui nous amène droit sur Grimentz. La dernière partie est un enchaînement d’épingles, je n’ai plus de bras, plus de jambes mais c’est pas grave je sais que c’est fini. Le bruit des spectateurs et des animations de l’arrivée se fait de plus en plus entendre. Passage dans le chapiteau final et voilà c’est fait !

La libération, le bonheur

Il me faut au moins 10 bonnes minutes pour y croire, mais oui je l’ai fait. 11 h 54 de VTT, 125 km et 5 100 m de d+. Je pense très fort à ce moment à toutes les personnes qui étaient derrière moi, en particulier à Seb , Christophe et à l’ensemble du Team Moselle qui m’ont envoyé des bonnes ondes toute la journée.

Une journée de pure folie, que je ne suis pas prête d’oublier. Les doutes ont laissé place à une vague d’émotion et à un sentiment d’accomplissement personnel indescriptible.

Après une petite prolongation pour admirer la vue à Mont Fort, Il est temps maintenant de prendre le temps de se reposer avant les prochaines échéances sportives ou non de septembre 😉

Un grand merci à Laura de nous livrer ce récit sincère qui raconte la réalité de la pratique sportive du VTT.

A propos de Laurent 85 Articles
Sportif dès son plus jeune âge, il a pratiqué de nombreux sports d’endurance (course à pieds, triathlon, duathlon, cyclisme). Il possède une licence STAPS “management du sport” et une maîtrise “entraînement sportif et performance motrice”.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*