Faut-il entraîner les femmes différemment des hommes ?

Dans le domaine de l’entraînement du cycliste, entraîne-t-on l’homme comme en entraîne les femmes ?  

Cette question fait écho à une interview de Cyrille GUIMARD publiée le 08/10/2017 dans le journal “Ouest-France” en marge d’un colloque “Sport, santé au féminin” auquel il participait. Le titre de l’article “Le coaching des femmes est plus enrichissant

4 extraits de cette interview

Nous avons conservé l’intégralité des paragraphes afin de bien faire apparaître les raisonnements sous-jacents. De plus, extraire des phrases de leur contexte ne serait pas honnête. En effet, notre propos n’est pas de pousser un énième “coup de gueule”. Mais, il est de comprendre pourquoi on pense de cette manière.  Et surtout, de proposer des remèdes à cette pensée unique.

    • “On ne peut pas dire que ce soit plus compliqué, c’est différent. Au niveau des moteurs de motivation et de la sensibilité. Pour autant, la femme sait se faire aussi mal, voire plus mal que l’homme.”
    • “Dans l’approche psychologique, notamment dans la relation entraînée-entraîneur. On ne parle pas de la même façon, on n’utilise pas les mêmes mots, pas le même ton.
    • “Ce n’est pas forcément la gagne chez la femme. Il y a un besoin beaucoup plus important de reconnaissance chez elle. À travers la victoire, l’homme va aller chercher la puissance.”
  • “Le management, ou le coaching de la femme est plus complexe que celui de l’homme. Parce qu’elles sont différentes et que les sensibilités sont un petit peu différentes, mais il est plus enrichissant, tout en étant plus complexe. Ça impose plus de réflexion et de remise en cause pour l’entraîneur.”

La force de l’ordre masculine

Ce qui est étrange, c’est que ni le journaliste, ni Cyrille GUIMARD ne s’interrogent sur la légitimité de ces propos. Tous les deux sont tacitement d’accord pour dire que femmes et hommes sont différents.

Les différences de nature sexuelle constituent le socle primaire de la distinction femmes/hommes. A partir de là,  tout ce qui régit les relations entre les deux sexes s’inscrit dans ce réseau explicatif primaire. Femmes et hommes n’ont pas les mêmes attributs sexuels donc ils sont différents à tout point de vue.

Naturaliser la différence

Ce point de vue est intériorisé. Il reprend inconsciemment l’idée diffusée par une approche dite naturaliste qui expliquerait la distinction femmes/hommes en sport par des différences biologiques entre les sexes.

Pourtant, les critiques de cette approche sont anciennes. Elles portent sur le fait que le sexe a une faible valeur prédictive pour expliquer la performance sportive. Les différences relèvent d’une loi normale : certains hommes ont de meilleures performances physiques que les femmes mais la plupart des individus ont des performances semblables quel que soit leur sexe. Il y a beaucoup moins de différences  entre les aptitudes aérobies de Christopher FROOME et celles d’Annemiek VAN VLEUTEN qu’entre cette dernière et celles d’un sportif lambda.

Des déterminants socio-psychologiques

Les inégalités liées au sexe dans le domaine de l’activité physique et sportive ne sont pas uniquement dues à des différences naturelles entre hommes et femmes. Les déterminants socio-psychologiques notamment auraient un rôle non négligeable dans ces inégalités.

Par exemple, la participation sportive plus importante des garçons par rapport aux filles ne s’explique pas parce que les garçons sont meilleurs dans cette activité que les filles, mais parce qu’ils se croient meilleurs qu’elles.
Par ailleurs, il a été montré que la confiance des femmes baissait lorsqu’elle pratiquait une activité physique et sportive considérée, par essence, masculine. Selon cette “théorie de la menace de stéréotype”, on constate, à la fois une baisse de performance et une perte de confiance.
La baisse de confiance en soi est également en question lorsque les femmes se trouvent dans un contexte de comparaison. Cela ne signifie pas qu’elles soient moins compétitives que les hommes mais tout simplement qu’elles ressentent davantage de stress en raison du contexte social des compétitions.

Sortir du cercle de la “pensée magique”

Chaque sportif est différent. Ce ne sont pas les attributs sexuels qui différencient les athlètes mais les profils génétiques.
Si la génétique explique près de 90% des différences d’aptitudes physiques, il est également établi que la capacité à s’entraîner est largement influencée par elle. Cela signifie, concrètement, que, dans un processus d’entraînement, les marges de progression seront plus ou moins étendues selon les disponibilités génétiques d’une personne, à la fois par son potentiel physique mais aussi par sa capacité à suivre un programme d’entraînement

Le processus d’entraînement est identique pour les femmes comme pour les hommes

Ainsi, l’idée qui consiste à penser qu’il faut entraîner différemment femmes et hommes n’a aucun fondement scientifique.
Le processus d’entraînement est identique. Il consiste à proposer un dispositif permettant au sportif de pratiquer en confiance dans le but d’amélioration de la performance.
Il faut néanmoins s’assurer qu’aucun stéréotype de genre ne pèse sur la sportive.

A propos de Laurent 86 Articles
Sportif dès son plus jeune âge, il a pratiqué de nombreux sports d’endurance (course à pieds, triathlon, duathlon, cyclisme). Il possède une licence STAPS “management du sport” et une maîtrise “entraînement sportif et performance motrice”.

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