Femmes et cyclisme : font-ils bon ménage ?

De toute part, on appelle à la “promotion” du cyclisme féminin et à son développement. Pourtant, ce n’est pas par hasard qu’on voit si peu de femmes dans les pelotons. Levons un peu le voile sur les origines de l’inégalité.

De nos jours, en France, hommes et femmes se partagent la route quasiment à parité. Vélo loisirs et vélo utilitaire sont pratiqués à 49% par les femmes et 51% par les hommes. C’est lorsqu’il y a compétition que les hommes sont plus nombreux : 86% des compétiteurs sont des hommes. Ainsi, en France, l’enjeu, pour ceux qui aiment la bicyclette, est d’amener plus de femmes à avoir une pratique plus sportive du deux roues.

Pourquoi n’y a-t-il pas de femmes ?

Et chacun sait qu’il n’est guère aisé de franchir la ligne, de faire passer les femmes d’une pratique de loisirs à une activité plus sportive.

Le vélo, un sport de luxe

Les freins sont nombreux. Que le milieu de la compétition soit un monde essentiellement masculin et que les femmes ne s’y sentent pas à l’aise ne figurent pas, selon nous, parmi les premières explications.

Le vélo est un sport de luxe. On pense bien sûr, au prix du vélo, au budget à consacrer à l’équipement, aux accessoires… Et c’est vrai.

Un bien plus précieux…

Cependant, il existe un bien beaucoup plus précieux : le temps. La pratique du vélo est une activité dispendieuse en temps, pour ne pas dire chronophage. Avant d’investir dans le matériel, il faut être sûr qu’on pourra pratiquer régulièrement, tout au moins, à la hauteur de l’investissement financier que l’on peut consacrer.

Les hommes à vélo, les femmes au ménage

Et sur ce point, il vaut mieux être honnête. Selon un rapport de l’INSEE, en 2015, il ressort que les femmes continuent à assumer ⅔ des tâches domestiques. Même si cette enquête met en évidence un rapprochement des emplois du temps entre hommes et femmes, la part consacrée aux tâches domestiques joue en défaveur des femmes de 30 minutes par jour, ce qui représente 3 heures 30 par semaine. Le temps d’une bonne sortie à vélo au final.

DESSIN DE CHAUNU

Les femmes, 65% des tâches parentales

Et au bout du compte, les mères continuent d’assumer 65% des tâches parentales. Ce qui, rappelle l’Insee, pèse sur leur activité professionnelle, et se traduit par des interruptions de carrière et des journées de travail plus courtes.
Et, phénomène déconcertant, même lorsque les femmes investissent le marché du travail, on n’observe pas de renversement des rôles qu’impliquerait une répartition des tâches efficiente.

Quand la tradition est bien ancrée !

Les jeunes générations, note l’INSEE, semble avoir parfaitement intégrées ces habitudes. On observe une implication précoce des filles dans les tâches tournées vers l’entretien des membres de la famille.

La pratique sportive féminine.

Il est intéressant d’observer de quelle manière cette répartition des rôles au sein de la famille va avoir des conséquences sur la pratique du sport par les femmes.

Un abandon de la pratique entre 26 et 29 ans

On enregistre une baisse importante du taux de pratique pour les femmes entre 26 et 29 ans. La grossesse et l’arrivée d’un enfant engendrent des contraintes qui peuvent expliquer, pour une grande partie des femmes, l’abandon de la pratique physique et sportive dans cette tranche d’âge, ou une pratique moindre.

Moins de licenciées entre 20 et 35 ans

Cela se voit, également, dans l’écart du taux de licences entre les hommes et les femmes. Quelle que soit la tranche d’âge considéré le taux de pratique des femmes est inférieur à celui des hommes (hors fédérations du sport scolaire).
C’est dans la tranche d’âge 20 à 35 ans que l’écart est le plus important.

Les femmes cyclistes : 8% des licencié.e.s

Alors que la moyenne de la part des licenciées des fédérations unisport olympiques se situe aux environs de 30%, celle des femmes cyclistes inscrites dans la catégorie coureur (FFC) est de 8%.

4,7% de femmes cyclistes à l’âge adulte

Par surcroît, plus de la moitié des licenciées stoppent la compétition entre l’enfance et l’âge adulte. Ainsi, en 2009, les filles, jusqu’à 12 ans, représentent de 10 à 11% des différentes catégories de compétiteurs. Chez les cadets et juniors, les licenciées ne constituent plus que 7% des pratiquants. Uniquement 4,7% des compétiteurs adultes sont des femmes.

Encore une fois, il semble difficile pour une femme sportive, qui plus est, cycliste, de poursuivre de conjuguer vie de famille et pratique du vélo.

De l’ordre des choses

Les rôles que la tradition assigne s’inscrivent, en toute simplicité, dans la vie des couples.

Cyclisme ou famille, il faut choisir

Dans un article de presse récent, nous avons lu qu’une jeune femme cycliste avait stoppé sa carrière pourtant prometteuse. D’abord, elle ne voyait pas d’avenir dans la carrière de cycliste, elle préférait stabiliser sa situation professionnelle. Ensuite, elle avait envie de débuter une vie de famille, avoir un enfant. Elle ajoutait, qu’elle conservait un lien avec le cyclisme en assistant aux courses réalisées par son mari, cycliste amateur.

Il est de l’ordre des choses que la femme mette de côté sa carrière, sa vie sportive pour prendre soin de la famille. Il est également logique que l’homme poursuive la sienne.
Même si, la vie de famille implique de nouvelles exigences , elle ne donne pas lieu, généralement, à une redistribution des tâches domestiques et parentales.

Faire évoluer les normes de genre

Hommes et femmes, par un consentement largement assumé par les deux, font des choix qui confortent la tradition. Les normes de genre se stabilisent.
Pourtant, puisqu’il doit y avoir des progrès, c’est bien sur ces normes qu’il faut jouer. La redéfinition de la notion de vie de famille peut être un préalable à une redistribution des emplois du temps des membres du couple.

Bien entendu, la situation va évoluer à la faveur d’une prise de conscience individuelle d’un état de fait qui consacre une inégalité acceptée par tout le monde.

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