Corinne Naon aux championnats du monde à Varèse : le sport chevillé au corps

Le dimanche 02 septembre 2018 se terminait, à Varèse en Italie, les championnats du monde GranFondo UCI 2018. Corinne Naon, femme cycliste amateur y participait. Elle nous donne ses impressions. Une manière également de comprendre les ressorts de la passion pour le vélo et les exigences du sport amateur. 

Cette épreuve arrive en conclusion d’une série de courses qualificatives organisées à travers le monde, qui mènent aux championnats du Monde. Les meilleurs 25% des cyclistes de chaque catégorie d’âge lors des épreuves qualificatives ont automatiquement le droit de participer à ces Championnats. Un maillot arc-en-ciel est attribué à chaque vainqueur de catégorie.

Une femme cycliste amateur au cœur des championnats  du monde

C’est peu que de dire que le niveau est élevé. Cette série rassemble des coureurs amateurs très compétitifs, souvent représentant du haut niveau de leurs pays respectifs. Le maillot est convoité. D’anciens cyclistes élites y participent. Il est vrai qu’après avoir consacré une partie de sa vie au vélo,  il est difficile de tirer un trait sur sa passion et la frénésie de la compétition.
D’autres cyclistes  souhaitent situer leur niveau de condition physique dans des épreuves au niveau relevé.

Une sportive “chronique”

C’est le cas de Corinne Naon.
Elle est, par nature, une sportive “chronique”, pour l’équilibre, par besoin et surtout, parce que c’est comme ça.

Je suis née au pied du Vercors, je suis avant tout une amoureuse de la nature, le sport a toujours pris une place importante dans ma vie, l’effort physique m’apporte un bien être essentiel à mon équilibre…mais cela va au-delà, l’effort physique est vite devenu un besoin, depuis mon adolescence, lorsque j’ai commencé à courir pour lâcher prise avec le quotidien, je me suis vite aperçue que j’éprouvais le besoin de me dépenser, me surpasser dans l’effort.”

Elle pratique, principalement des sports d’endurance. 

“Après 12 mois d’arrêt de sport suite à un accident de la route en 2004 (une camionnette me coupe la route à VTT) je m’inscris au club de course à pied du canton pour m’aider à reprendre une activité sportive car les séquelles de l’accident génèrent de terribles migraines qui me plongent dans un état dépressif chronique…”

La montagne la rattrape ou plutôt, elle la parcourt au long de trails auxquels elle participe. La compétition est

un rêve de gosse pour moi…qui devenait réalité, mes enfants étaient grands, je pouvais me libérer plus facilement de mes obligations familiales…..j’ai pris des dossards entre 2011 et 2015 et participé aux championnats de France de course en montagne, aux France de Trail Court”.

Bien souvent, pour les femmes, la vie de famille est une priorité, voire une obligation. Difficile de se consacrer au sport quand vie de famille et vie professionnelle s’entrechoquent. 

Comment on vient au vélo

La pratique du sport amateur en compétition, régulièrement et intensément est exigeante.

le temps m’a rattrapé et en 2015 en préparant les France de Trail, une fracture de fatigue m’a contrainte à stopper définitivement la course à pied, le plaisir n’était plus là…la douleur…les douleurs étaient permanentes…le corps usé par les km dévalés.
C’est alors que je me suis vraiment mise à faire du vélo de route, j’avais toujours rêvé d’avoir un vélo de route, et 2015 étant l’année où je fête mon demi-siècle…. Je me le suis fait offrir !”

Sportive dans l’âme, le sport chevillé au corps, Corinne Naon fait du vélo un nouvel espace d’investigations motrices.

J’avais envie d’apprendre, de progresser…de connaître cette sensation de faire corps avec mon vélo dans l’effort…je me suis inscrite sur STRAVA pour me situer en terme de performances par rapport à d’autres cyclistes féminines car je n’en connaissais pas, et créer quelques contacts avec certaines d’entre elles.”.

Le sport, une histoire de rencontres

Le vélo et la compétition… Le vélo c’est aussi des rencontres

“des cyclistes expérimentés qui m’encouragent, me soutiennent dans ma pratique, c’est tellement important d’avoir ces soutiens !”.

Sophie Evrard l’incite à s’inscrire à l’épreuve française qualificative pour les CHAMPIONNATS DU MONDE GRANFONDO UCI 2017 qui se déroulent cette année-là à ALBI. Sophie Evrard en  connaît un rayon, elle qui est championne du Monde et championne de France à plusieurs reprises. Elle s’inscrit et se qualifie.

“En terminant 2ème de ma catégorie au sprint (1 seconde) d’une anglaise, j’apprendrais plus tard qu’elle a été championne du monde amateur de cyclo-cross en 2016 et 2017 !! En route pour mes 1ers CHAMPIONNATS DU MONDE GRANFONDO UCI !! en France à ALBI fin août 2017 !”.

Elle se qualifie également aux championnats du monde 2018.

Corinne Naon aux championnats du monde 2018

Si Varèse est la “Terre des lacs”, c’est aussi celle du cyclisme. Le Tour de Lombardie et le Giro d’Italia s’y jouent régulièrement. La ville a accueilli les championnats du monde sur route en 1951 et en 2008. La tradition cycliste y est forte.

L’accueil à Varèse

Corinne nous raconte l’accueil reçu au cours de l’épreuve.

Que ce soit lors de ma qualification le 1er octobre 2017 ou lors des CHAMPIONNATS DU MONDE le 2 septembre 2018, les italiens ont très bien organisé les épreuves, ils sont inégalables quand il s’agit de donner le sourire à la petite participante française que je suis ! La culture vélo est très présente en Italie, on le ressent vraiment lorsqu’on aime le sport, le cyclisme…..et lorsqu’on est une femme. On s’aperçoit que les italiens aiment et respectent énormément les femmes cyclistes, les compétitrices, qu’elles soient jeunes…ou non, les talents de ces sportives accomplies sont reconnus ….et connus des médias qui en parlent !!!   Des Team les prennent en charge, comme des professionnelles, elles viennent même quelquefois courir des Cyclosportives françaises !

Le parcours

Varèse, situé au nord de Milan, est une ville au passé glorieux. Sans être une course en haute montagne, le profil de l’épreuve est rendu sélectif par une succession de montées aux pourcentages, parfois redoutables.  Deux courses de distances différentes sont proposées aux concurrents. 130 km (2 000 D+) et 100 km (1 500 D+). Jusqu’à 49 ans, la course des femmes se jouait sur le grand parcours. Les autres catégories femmes concouraient sur le parcours moyenne distance.

Corinne décrit les parcours et donne son avis, ses impressions. 

Tout d’abord globalement nous sommes dans une région absolument magnifique, les parcours ont été dessinés pour nous faire profiter de la beauté des paysages et du relief entourant les lacs de Varese, lac Lugano et lac Majeur.

Ce parcours était magnifique, tout pouvait se jouer à la pédale sur les 3 derniers km, dans l’ascension finale, mais je manque d’expérience face à ces compétitrices hyper expérimentées venues du monde entier et la plupart pour GAGNER et porter le maillot arc en ciel (moi y compris !) et mes soucis respiratoire qui ont récidivé suite à une mauvaise bronchite début juillet la semaine de l’Etape du Tour, je n’ai pas réussi à me faire plaisir comme j’ai pu le faire lors de ma qualification onze mois plus tôt.

La course

Corinne Naon ne roule à vélo en compétition que depuis 3 ans. 24 courses au total. Dans sa catégorie, femmes de 50 ans et +, le niveau est très relevé, le peloton rassemble des coureurs très expérimentées, des compétitrices connues et reconnues dans leur pays. On y trouve, par exemple, Jeannie LONGO.

La course est parti assez vite mais régulière, peloton groupé, bizarrement je me trouve dans les 30 premières, et très vite je m’aperçois que je ne me sens pas de me placer aux avants postes, cela ne me ressemble pas, j’observe…mais je ne bouge pas….c’est pas bon ! Dès le début de la 1ère ascension, le peloton éclate, je vois le petit groupe de tête passer en haut 150 m devant moi. 

Je suis très prudente dans les descentes, trop humides, trop de monde et trop étroites….moi qui adore descendre…. je suis hyper frustrée mais c’est trop risqué !!

Je réussis enfin à prendre un bon petit groupe d’une quinzaine de coureurs comprenant quelques français. Je m’abrite enfin. Je suis inquiète car je suis anormalement essoufflée, j’ai la gorge en feu, le cardio beaucoup trop haut, je m’accroche. 

Finalement, la course se termine au sprint contre un allemande. Elle me devance d’1 boyau sur la ligne. J’ai tout donné, nous terminons aux 20ème et 21ème place ex aequo au chrono sur 64 arrivantes. Je me suis bien battue avec mes moyens du jour,  heureuse d’être là, un peu frustrée sur le coup malgré tout de m’être préparée pendant plus de 8 mois pour cette magnifique course et être là le jour J pas au top de ma forme, heureusement, dans ces moments, mon mari par sa présence, ma famille, mes proches étaient là par leur petits messages, c’est si transcendant de se sentir soutenue….Et profiter de l’instant présent devient une évidence..

Au tour des femmes

Corinne Naon, comme tant d’autres femmes cyclistes amateurs, vit le vélo avec passion. Il ne s’agit pas seulement d’un loisirs mais d’un engagement plein et entier. Ce type de championnat est intéressant car il contribue à alimenter la passion. Une juste reconnaissance pour les anciens cyclistes de renom mais aussi un prétexte pour des cyclistes amateurs de situer leur condition physique par des compétitions à enjeux.

La présence des femmes est importante dans ces courses. Sur les deux épreuves, elles représentent 14% des inscrits, venant de loin parfois. 60 nationalités sont présentes pour cet événement. Remarquable également, 64 femmes étaient inscrites dans la catégorie des 50-54 ans.
Le niveau est très relevé. Chacune s’emploie tout au long de l’année pour faire de leur participation un succès.

Nous remercions Corinne Naon d’avoir accepté de nous livrer un récit personnel et engagé mettant en évidence toutes les exigences qu’il faut pour vivre en amateur un sport de haut niveau. 

A propos de Laurent 86 Articles
Sportif dès son plus jeune âge, il a pratiqué de nombreux sports d’endurance (course à pieds, triathlon, duathlon, cyclisme). Il possède une licence STAPS “management du sport” et une maîtrise “entraînement sportif et performance motrice”.

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